Depuis janvier, environ six clients nous ont expliqué avoir découvert toonetcreation grâce à ChatGPT ou à un autre assistant IA. Ils ont signé, à eux tous, pour un peu plus de 20 000 € HT de prestations. Lorsque j’ai ouvert notre rapport Google Analytics 4 pour regarder le trafic correspondant, j’ai trouvé 107 sessions dans le canal « AI Assistant » et un seul événement clé.
J’aurais pu m’arrêter au tableau de bord et conclure que l’IA nous apportait peu de contacts. Heureusement, chez nous, il y a une question que nous posons depuis longtemps à chaque nouveau prospect : « Comment nous avez-vous trouvés ? »
Ce n’est pas une méthode révolutionnaire. C’est une question de suivi commercial, posée avant même qu’on parle de GEO. Mais avec l’arrivée de ChatGPT dans les parcours de recherche, elle nous apprend des choses que les outils analytics ne savent pas toujours raconter.
Je vais détailler ce que nous observons, les limites de nos chiffres et la façon dont je compte suivre ce canal. Sans transformer six dossiers commerciaux en grande étude sur l’avenir du référencement.
107 sessions GA4, six clients : ce que nous avons réellement mesuré
J’ai repris notre export « Acquisition de trafic » dans GA4, pour la période allant du 1er janvier au 14 octobre 2026. Nous disposons aussi des informations recueillies lorsque les prospects nous contactent, puis du suivi des devis signés.
| Indicateur | Résultat | Origine de l’information |
|---|---|---|
| Sessions totales du site | 23 073 | Google Analytics 4 |
| Sessions classées « AI Assistant » | 107, soit 0,46 % | Google Analytics 4 |
| Événements clés sur ce canal | 1 | Google Analytics 4 |
| Clients déclarant une découverte via l’IA | Environ 6 | Échanges commerciaux |
| Contrats signés avec ces clients | Plus de 20 000 € HT | Suivi commercial |
À la lecture de ce tableau, on peut avoir envie de rapprocher les six clients des 107 sessions pour calculer un taux de conversion. Ce serait une erreur. Les 107 sessions appartiennent à une catégorie de trafic GA4. Les six clients ont déclaré comment ils avaient découvert notre agence. Nous ne pouvons pas établir que leurs visites figurent parmi ces 107 sessions, ni qu’ils ont tous cliqué sur un lien depuis un assistant.
Autre précision : nos événements clés correspondent principalement à des clics sur le numéro de téléphone, sur l’adresse email ou à des envois de formulaire. Leur paramétrage a évolué pendant l’année. L’unique événement clé relevé pour le canal IA ne résume donc pas notre activité commerciale, et encore moins nos ventes.
Nous avons bien signé les contrats. En revanche, je ne peux pas affirmer que les six clients seraient restés inconnus sans ChatGPT. Certains nous auraient peut-être trouvés autrement. Nous n’en savons rien.
Deux façons de nous découvrir grâce à une IA
Lors des premiers échanges, nous demandons systématiquement comment la personne a entendu parler de toonetcreation. Ce peut être une recherche Google, un contact professionnel, du bouche-à-oreille ou un outil d’IA. La réponse vient du prospect ; nous ne lui suggérons pas « ChatGPT » avant de poser la question.
Une recherche de prestataire, comme on chercherait une agence sur Google
Certains nouveaux clients cherchaient une entreprise capable de créer ou de refaire leur site. Ils ont interrogé un assistant IA pour identifier des prestataires, puis nous ont contactés. C’est assez proche d’une recherche classique d’agence web, avec une différence : le nom de l’entreprise peut être découvert au milieu d’une conversation, sans clic immédiat.
Nous ne connaissons pas toujours la formulation de la question ni la liste complète des agences proposées. Je préfère m’en tenir à ce que la personne nous a expliqué plutôt que de reconstruire après coup une réponse de ChatGPT que nous n’avons pas sous les yeux.
Un problème technique qui finit par une prise de contact
D’autres nous ont découverts en cherchant une solution : un problème SEO, une attaque, du negative SEO, une difficulté de cybersécurité ou encore une fiche Google Business Profile qui ne fonctionnait pas comme prévu. Leur recherche via l’IA les a orientés vers nos contenus ou notre agence.
Ce parcours me parle davantage, parce qu’il ressemble à ce que nous essayons de faire avec notre blog depuis des années. Quand j’écris sur une question technique, mon objectif est que le lecteur comprenne ce qui se passe, ce qu’il peut vérifier lui-même et à quel moment il vaut mieux demander de l’aide. Je préfère largement cela à un article qui répète dix fois le même mot-clé.
Les contrats issus de ces échanges concernent surtout la création de sites web. Nous avons également signé des prestations SEO et des interventions sur des problèmes techniques. Je ne dispose pas d’une ventilation fiable du montant par activité ; les 20 000 € HT restent donc un total, pas une répartition par service.
Nous avions déjà commenté les données Semrush sur le trafic entre ChatGPT et Google. Ici, ce sont nos propres contrats qui m’intéressent : on quitte le terrain des estimations de trafic pour regarder ce que des clients nous ont raconté au moment de prendre contact.
Pourquoi une recommandation ChatGPT peut finir dans Google ou le trafic direct
GA4 mesure des sessions, des événements et les informations de provenance disponibles. Il n’a pas accès à toutes les conversations que les internautes ont eues avec des assistants IA. Si quelqu’un lit le nom de notre agence dans ChatGPT, ferme l’application et tape ensuite « toonetcreation » dans Google, le rapport d’acquisition ne saura pas que ChatGPT a participé à la découverte.
Prenons un scénario possible, sans prétendre qu’il correspond exactement à l’un de nos dossiers. Une personne demande à une IA qui peut reprendre son site Joomla. Elle retient notre nom. Le lendemain, elle consulte notre site après une recherche Google. Deux jours plus tard, elle téléphone. La découverte initiale peut venir de l’IA, mais la session mesurée provient de Google, ou d’un accès direct si elle revient par une autre voie.
À l’inverse, lorsqu’un internaute clique depuis ChatGPT vers notre site et que la provenance est correctement transmise, nous pouvons retrouver une session associée à cet assistant. C’est utile, mais cela ne couvre qu’une partie des parcours.
Notre export GA4 mélangeait deux portées de dimensions
Il y a une subtilité dans le fichier que j’ai extrait : la première dimension correspond au groupe de canaux de la session ; la seconde est la « Première combinaison source/support de l’utilisateur ». Cette dernière concerne l’acquisition initiale de l’utilisateur, pas nécessairement la provenance de la session analysée.
J’ai donc des lignes associées à ChatGPT qui apparaissent aussi dans d’autres groupes de canaux. Je ne vais pas les additionner arbitrairement aux 107 sessions « AI Assistant » pour obtenir un total plus flatteur. Les dimensions ne décrivent pas exactement la même chose.
Pour comparer les provenances des sessions, il faut utiliser la dimension Source/Support de la session et conserver un périmètre cohérent. Google l’explique dans sa documentation du rapport Acquisition de trafic. Même correctement configuré, ce suivi ne recense pas les découvertes sans clic. Les visites issues des fonctionnalités IA intégrées à Google Search ne sont pas non plus isolées automatiquement dans le canal « AI Assistant ».
Si le sujet est le paramétrage de l’outil, nous avons déjà un article sur les rapports GA4 utiles au SEO. Pour ce retour d’expérience, le point à retenir est surtout celui-ci : un rapport d’acquisition classe des visites, il ne retrace pas toutes les étapes qui ont donné envie au client de vous appeler.
20 000 € signés ne constituent pas un ROI du GEO
Je pourrais afficher « ChatGPT nous a rapporté 20 000 € » et passer à autre chose. Ce serait plus vendeur. Ce serait aussi trop affirmatif.
Nous parlons ici de contrats signés hors taxes, pas nécessairement de prestations déjà facturées ou encaissées. Le montant ne représente ni notre bénéfice ni la marge dégagée sur ces projets. Et l’origine déclarée par les clients ne prouve pas que l’IA a, seule, provoqué la vente.
Pour calculer un ROI, il faudrait isoler un gain attribuable aux actions engagées, puis le rapprocher de leur coût. C’est là que l’exercice se complique. Quelle part du résultat vient du référencement naturel historique du site ? Des articles techniques déjà présents depuis plusieurs années ? De notre réputation ? D’un effort spécifiquement consacré à la visibilité dans ChatGPT ?
Nous n’avons pas la réponse avec les données actuelles. Je ne vais donc pas inventer un pourcentage de rentabilité.
Ahrefs a consacré un article à ce problème d’attribution, « AI Search ROI Is Messy. Here's How to Measure It Anyway ». Leur proposition consiste notamment à distinguer les coûts propres à la recherche IA des dépenses partagées avec le SEO et à compléter l’analytics par les informations commerciales. C’est une méthode raisonnable, à condition de ne pas confondre estimation et preuve.
Je retiens donc une formulation plus précise : depuis janvier 2026, environ six clients ayant déclaré nous avoir découverts grâce à l’IA ont signé pour plus de 20 000 € HT de prestations. Le résultat est intéressant. Il ne donne pas, à lui seul, le ROI du GEO.
Notre méthode de suivi : demander, noter, recouper
Je ne pense pas qu’il faille acheter un nouvel outil de mesure GEO pour commencer à comprendre d’où viennent ses clients. La première amélioration est parfois beaucoup moins sophistiquée : poser la question à chaque prise de contact et conserver la réponse.
Noter l’origine déclarée, sans la suggérer
Nous demandons comment la personne nous a découverts. Si elle répond « sur Internet », nous pouvons demander ce qu’elle faisait à ce moment-là. Si elle parle spontanément de ChatGPT, nous le notons. Si elle dit « Google », nous n’allons pas réinterpréter sa réponse en GEO parce que le sujet est à la mode.
Le plus utile est de garder les mots employés par le prospect, en évitant de collecter des détails personnels inutiles. Quelques semaines plus tard, il devient difficile de se souvenir exactement du premier parcours.
Ne pas confondre découverte, arrivée sur le site et signature
Dans notre suivi commercial, j’aimerais garder trois informations séparées : comment le prospect dit avoir entendu parler de nous, par quel moyen il a pris contact et ce qu’a donné la relation commerciale. Avec une seule case « Source », on finit vite par écraser plusieurs étapes différentes.
| Information | Ce que l’on enregistre |
|---|---|
| Origine déclarée | Les mots du prospect : Google, ChatGPT, recommandation, réseau, autre… |
| Contact | Date et moyen : téléphone, formulaire, email… |
| Besoin | Création de site, SEO, incident technique, Google Business… |
| Résultat commercial | Devis émis, contrat signé et montant HT ; facturation séparée |
Ce tableau est une proposition de suivi, pas une extraction de notre fichier clients.
Conserver GA4, mais vérifier les événements clés
GA4 reste utile pour connaître les pages consultées, les sessions avec engagement et les clics provenant des assistants. Nous devons simplement améliorer la lecture des conversions. Un clic sur un numéro de téléphone n’est pas un appel abouti. Un clic sur l’adresse email n’est pas un devis demandé. Même un formulaire reçu ne devient pas automatiquement un client.
Nos événements clés ont changé en cours d’année. Pour comparer janvier à octobre, il faut connaître les dates de mise en place du tracking ; sinon, une différence de volume peut provenir de l’instrumentation et non des internautes.
Chaque trimestre, je rapprocherais les sources GA4, les origines déclarées et les contrats signés, sans chercher à obtenir trois totaux identiques. Il faut aussi tenir compte du délai entre le premier contact et la signature. Un projet web ne se signe pas forcément dans la semaine.
Pour approfondir le sujet, Ahrefs propose une approche complémentaire dans son article sur la mesure de la visibilité IA lorsque l’attribution est incomplète. Le point intéressant n’est pas de multiplier les indicateurs, mais de savoir quelle question chacun permet réellement de traiter.
Ce que cela change dans ma façon de travailler les contenus SEO
Ces six dossiers ne m’ont pas convaincu qu’il fallait abandonner le référencement naturel pour se consacrer exclusivement au GEO. Ce serait une conclusion étrange, surtout quand certains clients nous découvrent grâce à des articles consacrés à des sujets que nous traitons depuis des années.
Je continue à travailler les pages de services et les contenus autour des besoins réels : quelqu’un cherche une agence pour refaire son site, une autre personne veut comprendre pourquoi sa fiche Google Business est suspendue, une troisième essaie de diagnostiquer une attaque SEO. Ces questions existaient avant ChatGPT. Elles circulent aujourd’hui dans davantage d’interfaces.
Une information bien expliquée peut être trouvée sur Google, reprise comme référence par un assistant ou simplement aider un prospect à reconnaître notre expertise. Il faut néanmoins distinguer ces situations. Une mention de marque ou une citation dans une réponse IA ne garantit ni visite ni prise de contact.
Nous avons également publié une méthode pour suivre la présence d’un site dans ChatGPT, Google AI Overviews et AI Mode. Ces relevés servent à observer la visibilité et les sources citées. Je ne les présenterais jamais comme une mesure directe du chiffre d’affaires.
Pour les clients qui nous consultent sur ces questions, je privilégie toujours un diagnostic du site et de ses parcours d’acquisition plutôt qu’une promesse de « première position sur ChatGPT ». La position elle-même est difficile à définir dans une réponse qui varie selon la formulation, le contexte et le fonctionnement de l’assistant.
Ce que je vais changer chez nous est beaucoup plus concret : mieux documenter les demandes entrantes, distinguer une prise de contact d’un simple clic, et rapprocher les contenus consultés des sujets sur lesquels nous signons réellement des contrats.
Je continuerai aussi à poser la même question aux prospects. Elle prend trente secondes. Depuis janvier, elle nous a permis d’identifier un apport commercial que notre tableau de bord, pris isolément, ne nous aurait pas montré avec la même clarté.


